Journal de la sécurité › Guide › Octobre 2026
Guide de l’expert · Questions-réponses
Police, déclaration, documents, factures, expert, délais : les réponses aux questions que l’on se pose après un cambriolage, jusqu’au remboursement par l’assurance.
C’est le coût moyen d’un cambriolage chez AXA en 2025, un record, en hausse de 30 % en trois ans. Un dossier bien préparé fait toute la différence au moment de l’indemnisation.
Après un cambriolage, le choc passe avant les papiers. Pourtant, ce que vous faites dans les heures et les jours qui suivent peut accélérer l’indemnisation, ou la réduire. Voici les réponses aux onze questions que l’on se pose le plus souvent, de l’appel à la police jusqu’au versement de l’assurance.
1. Que faire dans les premières minutes après un cambriolage ?
Ne touchez à rien et appelez le 117. Un vol avec effraction est poursuivi d’office : la police ouvre elle-même une enquête. Pour les dégâts causés à la porte ou aux fenêtres, elle vous proposera en général de signer une plainte : acceptez-la. Notez le nom de l’agent et la référence de l’affaire, car votre assureur demandera le rapport de police.
- Ne rien ranger avant l’arrivée de la police : les traces laissées par les cambrioleurs sont utiles à l’enquête.
- Bloquer cartes bancaires et téléphones volés, en appelant les numéros d’urgence de votre banque et de votre opérateur.
- Photographier les dégâts (porte forcée, fenêtre, meubles fouillés) avant toute réparation.
- Sécuriser provisoirement l’accès : faites refermer une porte ou une fenêtre forcée et gardez la facture. L’assureur attend que vous limitiez le dommage.
- Faire changer les serrures si des clés ont été emportées.
2. Quand faut-il prévenir son assurance ?
Sans attendre. La loi sur le contrat d’assurance (LCA, art. 38) demande d’aviser l’assureur sans délai, dès que vous avez connaissance du sinistre. Si un retard aggrave le dommage ou complique les vérifications, l’assureur peut réduire sa prestation. La plupart des compagnies acceptent une déclaration en ligne ou par téléphone.
Indiquez la date et l’heure de la découverte, la manière dont les cambrioleurs sont entrés, le poste de police et la référence de l’affaire, ainsi qu’une première liste des objets manquants, que vous compléterez ensuite. Si vous êtes locataire, prévenez aussi la gérance pour les dégâts à la porte ou aux fenêtres.
3. Quelle assurance paie quoi ?
Les principes sont proches d’une compagnie à l’autre, mais les montants dépendent toujours de votre contrat.
- L’assurance ménage (inventaire du ménage) couvre le vol avec effraction : les objets volés ou endommagés sont en général indemnisés à leur valeur à neuf, c’est-à-dire le prix d’un objet équivalent aujourd’hui.
- Les dégâts au bâtiment (porte, serrure, fenêtre) sont pris en charge, selon le contrat, par l’assurance ménage ou par l’assurance bâtiment du propriétaire.
- Bijoux, montres, tableaux et argent liquide sont souvent plafonnés, par exemple à 20’000.- CHF pour l’ensemble chez certains assureurs. Au-delà, une assurance complémentaire pour objets de valeur est nécessaire.
- La franchise est déduite de l’indemnité. Son montant figure dans votre police, par exemple 200.- CHF par sinistre chez un grand assureur suisse.
4. Combien coûte un cambriolage en moyenne ?
Il n’existe pas de chiffre officiel pour toute la Suisse, mais les données d’AXA donnent un bon ordre de grandeur : en 2025, un cambriolage lui a coûté en moyenne plus de 7’000.- CHF, un record, en hausse de 30 % en trois ans. Les gros sinistres, au-delà de 30’000.- CHF, sont environ deux fois plus nombreux depuis 2023.
La Suisse romande est particulièrement exposée : Genève compte 8,4 cambriolages par an pour 1’000 ménages, plus du double de la moyenne suisse (3,3), et le Jura, Neuchâtel et Vaud sont aussi au-dessus de la moyenne. Le risque augmente d’octobre à mars, avec un pic en décembre.
5. Comment l’assureur calcule-t-il l’indemnité ?
Il part de la valeur à neuf des objets volés, ou de leur valeur actuelle pour ceux qui n’étaient plus utilisés (stockés à la cave, par exemple). Il applique ensuite les plafonds prévus par le contrat (bijoux, argent liquide…) puis déduit la franchise.
Deux situations peuvent réduire l’indemnité : la sous-assurance, quand la somme d’assurance de votre ménage est inférieure à la valeur réelle de vos biens (l’indemnité est alors réduite en proportion), et une déclaration tardive qui a compliqué les vérifications.
6. Quels documents l’assureur va-t-il demander ?
Décrivez chaque objet aussi précisément que possible (marque, modèle, numéro de série, date et prix d’achat) et remettez la même liste à la police et à l’assureur : un objet retrouvé pourra ainsi être identifié et vous être restitué.
- Le rapport ou la référence de police, qui prouve qu’il y a bien eu effraction.
- La liste détaillée des objets volés ou endommagés, identique à celle remise à la police.
- Les preuves d’achat et de valeur : factures, quittances, relevés de carte, certificats de bijoux ou de montres, garanties.
- Les photos des dégâts et les devis ou factures de réparation (porte, serrure, fenêtre, fermeture provisoire).
- Vos coordonnées bancaires pour le versement.
7. Et si je n’ai plus la facture ?
C’est à l’assuré de prouver ce qu’il réclame (Code civil, art. 8). Mais le Tribunal fédéral reconnaît qu’en cas de vol cette preuve est difficile : il n’exige pas une certitude absolue, mais une « vraisemblance prépondérante ». Il suffit que la possession et la valeur des objets paraissent nettement plus probables que le contraire. D’autres preuves peuvent donc remplacer une facture perdue, de la plus solide à la plus faible :
- Le relevé de carte ou de compte qui montre l’achat.
- Les certificats, garanties et expertises, indispensables pour les bijoux, montres et objets d’art.
- Les boîtes, notices et numéros de série restés à la maison.
- Les photos où l’on voit les objets chez vous, sur votre téléphone ou vos réseaux sociaux.
- Les témoignages de proches, qui restent la preuve la plus faible.
Sans aucune preuve, l’assureur peut estimer l’objet à la baisse, retenir sa valeur actuelle plutôt que sa valeur à neuf, ou refuser de l’indemniser. Ce sont surtout les objets chers qui posent problème : bijoux hérités, montres, matériel photo ou informatique.
8. Un expert va-t-il venir chez moi ?
Pour un sinistre important, l’assureur peut envoyer un expert constater les dégâts et vérifier la liste des objets. Gardez les objets endommagés jusqu’à sa visite et ne jetez rien sans son accord.
9. Dans quel délai serai-je remboursé ?
Selon la LCA (art. 41), la prestation devient exigible quatre semaines après que l’assureur a reçu les informations lui permettant de vérifier votre demande. Autrement dit, plus votre dossier est complet, plus vite vous êtes indemnisé. En cas de désaccord, vous disposez de cinq ans pour faire valoir vos droits depuis la révision de la loi entrée en vigueur le 01/01/22.
10. Comment se préparer avant qu’il ne soit trop tard ?
Le meilleur moment pour constituer votre dossier, c’est avant. Quelques gestes suffisent :
- Photographier vos factures et vos objets de valeur, avec leurs numéros de série.
- Garder ces photos hors de l’habitation, dans une messagerie ou un stockage en ligne : un ordinateur volé emporte aussi les factures qu’il contenait.
- Faire expertiser les bijoux de valeur et mettre l’attestation à jour régulièrement.
- Vérifier la somme d’assurance de votre ménage après de gros achats, pour éviter la sous-assurance.
11. Et après, comment retrouver la sérénité ?
Beaucoup de victimes disent que le sentiment d’insécurité pèse plus lourd que les pertes matérielles, et aucune assurance ne le couvre. Comprendre par où les cambrioleurs sont entrés et renforcer ce point faible aide à se sentir de nouveau chez soi. La police cantonale donne des conseils gratuits, et un installateur peut proposer une protection adaptée à votre habitation.
À lire aussi : Après un cambriolage pour l’aspect humain et les premiers gestes, et Choisir une alarme pour son habitation pour éviter que cela se reproduise.
Ce guide donne des repères généraux. Les conditions exactes (plafonds, franchise, délais) figurent dans votre police d’assurance : en cas de doute, appelez votre conseiller.
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Sources
- AXA Suisse, communiqué du 22/10/26 : coût et fréquence des cambriolages en 2025
- Tribunal fédéral, arrêt 4A_61/2011 : preuve du vol par vraisemblance prépondérante
- Police neuchâteloise et Prévention Suisse de la Criminalité : « Cambriolage : et maintenant ? »
- Helvetia : effraction, que faire et comment l’assurance intervient
- CSS : effraction, que faire ? (valeur à neuf, plafonds, franchise)
- Avis de sinistre selon la LCA : obligations et délais (juriup.ch)
- Révision de la LCA au 01/01/22 : prescription portée à cinq ans (Paracontact)
- Loi fédérale sur le contrat d’assurance (LCA), RS 221.229.1, art. 38 et 41